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Mémoire et Oublis

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Mémoire et Oublis

Inutile de s’inquiéter exagérément de ses trous de mémoire. Le cerveau vieillit, et la mémoire s’en ressent…
Un prénom introuvable, un mot sur le bout de langue, un rendez-vous oublié…

Vous voici confronté à l’inéluctable réalité: votre cerveau prend de l’âge au même titre que le reste de vos organes…

Que l’on ait 50, 60 ou 80 ans, il est normal de voir ses capacités mnésiques diminuer. La mémoire se transforme au gré des années et commence à se détériorer dès la vingtaine. Oublier où se trouvent ses clés de voiture n’engendre cependant pas autant d’inquiétude à 20 ans qu’à 70… Sans parler de la frustration et de la gêne qu’occasionnent ces trous de mémoire.

«Plus on vieillit, plus les petits oublis deviennent une source de panique non seulement pour la personne, mais aussi pour sa famille. Pourtant, le cerveau est sans doute l’un des organes qui vieillit le mieux», assure la Dre Nathalie Shamlian, gérontopsychiatre et responsable de la Clinique de la mémoire de l’Hôpital du Sacré-Cœur. La preuve: on estime que 80 % des Canadiens de 65 ans et plus ont des capacités cognitives normales.

Est-ce normal?
Mais qu’entend-on par «normales»? Difficile de répondre avec précision. «La mémoire est un sujet fascinant; étonnamment, on n’a pas encore beaucoup de données dans ce domaine en pleine ébullition. Il nous reste beaucoup à apprendre sur le cerveau, sur son fonctionnement. Il faut dire que l’accès à des cerveaux vivants, grâce à l’imagerie par résonance magnétique, est très récent», explique la Dre Shamlian.

Même son de cloche de la part du Dr Howard Chertkow, neurologue cognitif, fondateur et codirecteur de la Clinique de la mémoire de l’Hôpital général juif/Université McGill. «C’est toujours une question difficile. Il existe tellement de variations d’une personne à l’autre: certaines personnes ne notent aucune détérioration depuis l’âge de 20 ans, d’autres ont une mauvaise mémoire depuis toujours!»

Quand s’inquiéter?
On remarque toutefois des changements communs chez les individus qui gagnent en âge. On sait, par exemple, que le vieillissement normal n’entraîne pas une baisse généralisée de la mémoire, mais bien de certaines fonctions de celle-ci. Ainsi, on peut se souvenir avec précision d’un événement survenu à la petite école. On n’oublie pas comment conduire sa voiture ou monter à vélo si l’on a effectué ces activités de façon répétitive tout au long de sa vie. En revanche, les souvenirs récents – le nom d’une personne que l’on vient de rencontrer, par exemple – disparaîtront les premiers.

Avec le temps, on éprouve aussi davantage de difficulté à faire deux choses en même temps et l’on doit travailler plus fort pour retrouver l’information et la retenir. Une étude publiée il y a quelques années par l’Université du Michigan démontrait qu’un adolescent de 15 ans parvient, après 2 ou 3 lectures, à retenir un court poème, alors qu’une personne de 70 ans devra, pour ce faire, le lire 9 ou 10 fois.

«En vieillissant, nos circuits ralentissent, mais cela ne veut pas dire que l’on fonctionne moins bien, explique la Dre Shamlian. En excluant la vitesse d’exécution, les aînés performent aussi bien que les jeunes! En réalité, quand on étudie de grandes populations et que l’on regarde la façon dont leurs cerveaux vieillissent, on constate que les gens n’oublient pas l’information, mais qu’ils ont plutôt de la difficulté à la retrouver.» C’est donc ainsi que surgissent les oublis et les «je l’ai sur le bout de langue», des maux dont se plaignent une majorité d’individus qui avancent en âge.

Quand s’inquiéter?
«La situation devient inquiétante quand les problèmes de mémoire affectent les activités du quotidien, explique le Dr Chertkow. Ce qu’il est important de noter, ce sont les changements, par exemple quelqu’un qui avait une excellente mémoire et qui n’arrive plus à se souvenir des événements de la journée.»

À la demande du patient ou de la famille, le médecin généraliste a généralement recours à des tests spécialisés pour déceler toute anomalie de la mémoire. Il utilise, notamment, un outil conçu par le neurologue québécois Ziad Nasreddine, le MoCA Test, avec lequel on évalue l’attention, la concentration, la mémoire, le langage, le calcul et l’orientation. Les résultats permettront de savoir si le patient souffre de dysfonctions cognitives légères. «C’est davantage au début de la maladie qu’il peut être difficile de différencier le vieillissement normal des troubles cognitifs. C’est parfois très clair, comme dans le cas de démences bien entamées», précise la Dre Shamlian.

Autres facteurs qui influencent les pertes de mémoire
Au-delà du vieillissement
D’autres facteurs que le vieillissement normal influencent les pertes de mémoire. Certains médicaments peuvent en effet ralentir les capacités cognitives. «Il faut faire attention aux médicaments qui ont des effets secondaires ou un effet dépresseur sur le système nerveux central: benzodiazépines, valium, ativan, sérax… Ce sont de bons médicaments, mais pour de courtes durées, prévient la Dre Shamlian. Chez les personnes qui en prennent pendant 15, 20, 25 ans, la mémoire peut souffrir.»

Dépression, manque de sommeil, problèmes de glande thyroïde, carence en vitamine B12, anxiété, stress peuvent également provoquer des troubles amnésiques. «C’est pour cette raison qu’il faut consulter un médecin si l’on est inquiet, soutient le Dr Chertkow. Beaucoup de problèmes de mémoire peuvent être traités. Il s’agit d’identifier la cause et de donner la médication appropriée.»

On est également plus exposé aux troubles cognitifs et aux pertes de mémoire si l’on a eu des traumatismes crâniens – avec ou sans commotion cérébrale – au cours de sa vie.

La génétique joue également un rôle. «Le fait qu’un membre de sa famille ait souffert de démence – maladie d’Alzheimer, par exemple – double le risque d’avoir des problèmes de mémoire», dit le Dr Chertkow. Voilà pourquoi il faut mettre toutes les chances de son côté lorsque son histoire familiale comporte de tels cas.

Il faut également surveiller les facteurs de risque liés aux maladies cardiovasculaires: haute pression, tabagisme, diabète et glycémie, sédentarité, cholestérol, surpoids, etc. «Tout cela affecte le flot sanguin dans le cerveau et pourrait provoquer la maladie d’Alzheimer, indique le Dr Chertkow. Ce sont d’ailleurs les maladies vasculaires qui augmentent le plus les probabilités d’en souffrir.»

Cette découverte récente découle de la Nun Study, une étude très significative dans la compréhension des démences. «On y a démontré que deux cerveaux avec la même quantité de plaques amyloïdes – que l’on associe à la maladie d’Alzheimer – n’évoluaient pas de la même façon. Les patientes qui avaient quelques lésions vasculaires cérébrales en plus étaient devenues très symptomatiques alors que celles qui n’en avaient pas fonctionnaient très bien», raconte la Dre Shamlian.

Autre facteur: l’éducation, qui jouerait un rôle préventif pour l’apparition des démences. «La proportion de personnes atteintes d’Alzheimer est beaucoup plus élevée chez les personnes qui ont moins de quatre ans de scolarité. On voit même que chaque année supplémentaire d’éducation joue un petit rôle», explique le Dr Chertkow.

Mémoire et ménopause
À la ménopause, il est possible que, en plus des bouffées de chaleur et des sautes d’humeur, la femme note des changements dans ses capacités de mémorisation. Bien que le lien entre perte de mémoire et ménopause soit officieux depuis fort longtemps, les spécialistes n’étaient pas en mesure de démontrer que les changements dans les fonctions cérébrales résultaient d’une fluctuation hormonale.

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